Raquettes.

Voilà!

Le résultat c’est que je suis fourbue grave depuis une semaine.

Avec Rémi pas de demi-mesure, on ne se promène pas à moitié. Comme je suis une peureuse pathétique sur des skis, il m’a emmenée en raquettes sur le sommet des fous.

Huit cents mètres au-dessus d’un plateau qui lui-même gît à huit cents mètres d’altitude, il y a de quoi s’oxygéner pour les trente prochaines années sous le couvercle de la pollution lyonnaise.

S’oxygéner, absolument. Tous les dix pas de canards effectués dans une poudreuse profonde, je haletais sévèrement dès le début pendant que mes sportifs m’attendaient patiemment en riant de l’exploit que j’étais en train de réaliser. Le soleil tapait dru et je m’étais habillée pour une expédition au pôle nord. Je transpirais sous la doudoune, et c’était de ma faute, « ON » m’avait prévenue que c’était un vêtement des plus encombrants à ranger dans mon petit sac à dos de pique-nique.

Car il fallait pique-niquer, à tel endroit, près d’une bergerie, les fesses dans la neige, et les gants que je n’aurais quittés pour rien au monde – car les extrémités continuent de souffrir le martyr- me rendaient d’une telle maladresse que Thomas me tartina mon pain et Rémi m’éplucha mes fruits. Le pire c’est que j’avais faim mais d’après leur pratique de sportifs d’extrême, on grignote, d’abord parce que c’est plus léger dans le sac et ensuite parce que la nourriture ne convient pas à l’effort intense, et nous avions encore du chemin, on allait tout là-haut!

Je regardai le sommet comme on regarde un truc de magicien, je ne voyais pas l’astuce mais je savais que c’était une illusion d’optique. Je marmonnais que peut-être ils y arriveraient bien sans moi, que j’allais les ralentir et que je pourrais redescendre jusqu’à la voiture pour les attendre. Hors de question, répondirent-ils en chœur, j’étais là pour me requinquer les poumons.

Je me les suis requinquer les poumons! Et la colère avec! Comment peut-on exiger d’une trentenaire peu endurante une telle randonnée? Ils filaient devant si aisément sur leurs raquettes et moi je m’essoufflais à lever un genou, puis l’autre jusqu’à la cuisse pour sortir mon pied d’éléphant ancré dans la neige. Il faut aller plus vite, me dit Thomas, plus tu vas vite moins tu t’enfonces…

Je l’aurais étripé si j’en avais eu la force, je soufflais comme un bœuf. Regarde cette splendeur me criait Rémi. Où, la splendeur? Sous la plante de mes pieds?

J’y suis arrivée, une demi-heure après eux. Le vent, là-haut soufflait comme un malade, même les garçons étaient courbés sous les rafales. Ah! Oui! C’était beau! Magnifique! Que du blanc à perte de vue, à part deux lacs tout en bas, très petits et très bleus. Je ne sais ce qu’ils me dirent, je n’entendais plus rien, je me suis couchée sur le dos, la tête sur mon sac et je me suis endormie. Dix minutes. Dix minutes de pur bonheur qui auraient pu durer encore s’ils ne m’avaient secouée. Il faut redescendre, c’est facile!

-Accroche le talon à l’arrière de la raquette, après tu te laisses aller…

Facile? Comment facile? Tout aussi épuisant! Et eux aussi s’épuisaient et pleurnichaient de n’avoir pas leurs skis ou leur surf. Les raquettes c’est quand même lourds, ringards et lents. J’avais mal aux jambes, ce ne sont pas les mêmes muscles qui sont sollicités, j’avais mal aux pieds, je sentais des ampoules s’épanouir au talon, j’avais mal à la tête et faim, faim, tellement faim. Éprouvante cette descente! Mais ce qui me tenait et m’amusait, c’était de les voir moins heureux, plus grognons… Ha-haha! petite vengeance! Je faisais celle qui appréciait d’être enfin sur la bonne pente, celle qui descend. Bien fait! Oh! Mais! A-t-on idée d’avaler tant de kilomètres en voiture et tant de dénivelés dans la même journée? Car il fallait revenir sur Lyon, deux heures de route, avec en prime les embouteillages du dimanche soir. Un régal! J’allais dormir à l’arrière tranquillement pendant qu’ils se concentreraient sur le trajet.

Dès que j’ai ouvert le coffre et balancer ces infâmes instruments de torture, j’ai sorti tous les aliments que contenaient nos sacs et je me suis goinfrée de biscuits, de fruits, de tous nos restes. J’ai un peu partagé évidemment, mais ils ne méritaient que des miettes ces sadiques.

-Avoue quand même que c’était sacrément beau.

Je n’avouerai rien du tout. Je me suis étalée sur la banquette arrière, je me suis calée un coussin sous la tête, recouverte d’un plaid, et adieu le retour.

Depuis, je monte l’escalier d’une drôle de façon, je les descends en crabe en me tenant à la rampe, je ne supporte que des sabots, ce qui n’est pas très élégant en classe, et j’ai les épaules en bouillie.

Heureusement, je suis oxygénée.

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2 commentaires

  1. Ha ha comme je la comprends, j’ai des souvenirs d’enfance d’excursions dans la neige pénibles, mais bon ses compagnons étaient aux petits soins et la balade lui a fait du bien en dépit des courbatures!
    Je suis contente que tu te remettes à l’écriture 🙂

    Aimé par 1 personne

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