Paris cata.

 

Je n’ai plus écrit une ligne depuis ce fameux week-end à Paris où je devais parler avec Rose.

Rose voulait me confier son enfant, celui qu’elle attendait. Rémi savait. Elle me donnait une semaine pour réfléchir, parce qu’elle avait rendez-vous à l’hôpital pour avorter si je  refusais. Elle avait trop de projets professionnels pour élever correctement cet enfant, sa thèse d’état à terminer, et son affectation en Khâgne comme professeur adjoint. Trop d’investissement. Cependant, elle acceptait d’être mère, elle viendrait aussi souvent que possible à Lyon, mais il lui fallait une famille réelle pour la sécurité de l’enfant.

-Et le père.

-Un con !

Dans la bouche de Rose c’était d’une incongruité absolue, elle qui se faisait un honneur de ne jamais jurer. Soudain j’ai eu l’image d’un Rémi inquiet sur le quai de la gare. Comme une idiote je l’ai rassuré. Maintenant je sais qu’il était inquiet de ma réaction, pas pour Rose.

-Qu’en pense ton père?

-Il accepte si tu es d’accord.

-En résumé, si je ne suis pas d’accord, je suis responsable de ton avortement ?

-Tu n’es responsable de rien. Je prends mes responsabilités, si tu te sens coupable, c’est ton problème, et ça se soigne.

Petite garce ! Je l’ai laissée, j’ai claqué la porte sans un mot et j’ai erré sur les quais de la Seine. J’ai entendu mon téléphone sonner. Qu’il sonne ! Ils ne m’auront pas ! J’ai trouvé une chambre d’hôtel sans trop de difficultés. J’ai écouté le message de Rose : ses excuses, ses regrets d’avoir été si peu diplomate, qu’elle m’attendait pour le repas du soir, qu’on en reparlerait, etc. Rémi aussi avait appelé plusieurs fois. J’ai répondu quand le téléphone a sonné à nouveau, j’étais sur ce lit anonyme, prostrée.  Rémi m’a conseillée de retourner chez Rose, de dialoguer, c’était important pour lui, pour nous. J’étais en colère, je les ai traités de manipulateurs, de psychopathes et de bien d’autres noms dans un vocabulaire pire que familier. Je lui ai raccroché au nez, et pour ne plus entendre la sonnerie j’ai éteint mon portable.

Plus tard, j’ai appelé Thomas. Il était à Paris, ses obligations professionnelles l’obligeaient souvent à voyager d’une ville à l’autre, en Europe et aux USA. Par je ne sais quel hasard, il était là, tout près. Il est venu me chercher. Il m’a emmenée dans une boutique de vêtements et m’a obligée à changer de look, au moins pour la soirée. Il m’a ensuite confiée à un salon où j’ai subi la torture traditionnelle de l’épilation, d’un soin visage et pour la récompense un fabuleux massage. Après j’ai eu droit au coiffeur. Ce dernier a trouvé ma chevelure absolument splendide, qu’il fallait que je la laisse libre sur les épaules, il m’a coiffée tout en volume léger. Je ne l’ai jamais écrit mais je suis rousse, un roux foncé avec la peau claire et les tâches de rousseur qui vont avec. J’ai toujours pensé que c’était ce teint et cette couleur qui m’avaient valu le rejet maternel. Personne n’était roux de son côté, quant à mon père, enfant abandonné, il ne pouvait savoir.

-Te voilà magnifique. Allons à l’hôtel pour fignoler le tout et j’ai réservé une table dans un bon resto et tu pourras manger végétarien. Ensuite, on ira danser.

Thomas sait toujours ce qui me décontracte le plus. On a appris à danser ensemble enfants, et on a continué adolescents. Puis la vie, puis ses amours, puis mon mariage. Les pas de danse ont cessé.

Je ne reconnaissais pas la fille dans le miroir, pour mon mariage j’étais moins jolie, moins épanouie. Elle me paraissait si sûre d’elle, si volontaire. La colère m’allait bien. Thomas en était comme sonné.

-Mon Elza ! Quelle beauté ! Il faudra que tu abandonnes tes hardes de baba cool maintenant.

-Ça m’étonnerait ! la fille que tu vois n’est pas vraiment moi, mais pour ce soir, je suis OK pour être cette ‘autre’.

Thomas est toujours aussi beau, grand, élancé avec ce regard qui a toujours fait chavirer les filles… et les garçons. Nous avons fait sensation bras dessus, bras dessous. En moi des chatouillis d’orgueil me redressaient le dos, comme si j’avais toujours été cette fille arrogante et sûre d’elle. Plus tard, on a rencontré quelques-unes de ses relations et j’ai lu dans leurs yeux ces étincelles que je n’avais remarquées que dans ceux de Rémi. J’ai dansé comme une folle. Avec Thomas, avec d’autres aussi. Tango, java, rock, samba…un vrai bonheur. Épuisant.

Je ne vais pas en écrire plus aujourd’hui.

Parce que la suite…

La suite a tout bouleversé.

 

 

3 commentaires

  1. Oh que j’aime ce récit et comme j’attends avec impatience la suite qui je l’espère ne tardera pas;)
    C’est un passage de vrai roman, Polly, l’histoire d’Elza prend une belle tournure. J’aime beaucoup le style d’écriture que tu as adopté pour cette histoire depuis le début, sa sobriété donne un élan de sincérité aux personnages dont chacun est multiple (e qui attise d’autant plus notre intérêt) et très fort. Continue, hein!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s