Tempête émotionnelle

 

Je ne sais qui de Thomas ou de moi a initié notre corps à corps mais c’est un fait.

Un fait ineffaçable.

Nous avions le feu, et cette nuit-là, impossible de l’éteindre.

C’était violent, avec Thomas ce n’est pas surprenant, ce qui est surprenant c’est moi dans cette violence, ma part de colère sans doute… pff ! Je ne vais pas analyser. Je constate que j’étais horriblement consentante.

Et lui aussi, malgré ses tendances habituelles. « Bi » qu’il m’a avoué sur le matin. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi dans cette folie furieuse ? Pourquoi si subitement ? Autant de questions auxquelles je ne saurais donner d’explications. Je me fais ce genre de film où la petite fille fragile répond à un amour non révélé, qu’elle se cachait soigneusement, qu’elle refusait d’admettre. Thomas était bien trop beau, bien trop intelligent pour elle. Il méritait mieux.

C’est l’explication la plus satisfaisante que j’ai trouvée.

Nous étions ravagés l’un et l’autre. Ravagés par cette nuit improbable. Et le retour ? Et Rémi ? Il était partisan de se taire. Je n’en suis pas capable, je me sentirais sale. Alors il ne faut plus jamais se revoir. Quel idiot ! Comment le pourrions-nous ? Je me souviens de son regard désespéré. Comme pour moi, cette nuit fut inattendue. J’étais trop belle, irrésistible ! C’était de ma faute maintenant ! C’était lui qui avait voulu cette transformation, avec mes hardes de baba cool, comme il disait, jamais il n’aurait pensé à moi autrement que comme son amie. Mais moi ? Moi ? Dans ma tête ? Qu’est-ce qui avait changé pour que je me laisse emporter par ce désir monumental ?

Thomas reconnut que s’il m’avait incitée à changer pour ce soir-là, c’est qu’il me voulait telle qu’il me voyait vraiment. Il m’aimait, bien au-delà de la simple amitié depuis ce jour où enfant il m’avait pris la main et que nous étions descendus en riant jusqu’à la Cance. Il constatait cependant la distance que je maintenais entre eux, cette froideur, cette indifférence qui le gardait sur l’autre rive.

J’essaie de ne plus y penser, et en cherchant à ne plus y penser j’y pense sans cesse.

Retrouver ce feu, cette intensité folle une fois encore, au moins une fois. Pour lui aussi, il me textote des sous-entendus qui me brûlent.

Retourner vers Rémi.

Il m’a écoutée. Il a hoché la tête tristement. La semaine de réflexion pour Rose se doublait d’une semaine de réflexion pour nous. Il y eut chez lui aussi une tempête émotionnelle qu’il ne cherchait pas à contrôler, je ne le reconnaissais plus, lui toujours si paisible s’emballait pour un rien, le vernis du thérapeute se fendillait. Il s’est mis à me prendre souvent, et parfois durement. Comme une revanche, comme un saccage aussi, comme une punition, sans douceur. Il me lâchait ensuite et s’en allait dans une autre pièce ou sortait prendre l’air. Le pire du pire, c’est que j’aimais bien. Sauf ses départs brutaux, à ce moment-là j’éprouvais une grande tristesse et je culpabilisais de cette douleur dont j’étais la cause.

Il y a une chose que je n’ai pas su lui dire, je lui ai menti sur une chose. Thomas n’a jamais été évoqué. Jamais. Absolument garder le lien,  je ne voulais pas que Rémi le rejette, l’empêche de me revoir.

La semaine s’est écoulée. Rose a décidé de prendre totalement en charge son bébé. Elle saurait se débrouiller. Je suis restée avec Rémi et avec cette blessure entre nous.

Une blessure qui s’aggrava. La déprime. J’avais le ventre en miettes, des crises qui me couchaient, des couteaux aiguisés le traversaient, m’obligeaient à m’enrouler sur moi-même et à mordre l’oreiller pour ne pas crier. Puis la fièvre et des saignements inhabituels, j’ai pris peur. Rémi inquiet, lui qui avait connu les affres d’Agnès, m’emmena aux urgences et fit une colère du tonnerre pour qu’on me soigne rapidement. J’ai été opérée le lendemain matin, un polype s’était infecté dans l’utérus. Rien de bien méchant. Sans doute ai-je somatisé diagnostiqua Rémi à nouveau doux et calme.

Thomas est venu me voir, son beau visage affolé, nos mains entrelacées. Carole, présente, a saisi d’un coup d’œil ce qui nous traversait.

Ce sont les grandes vacances et je suis une convalescente triste. Je les aime tous les deux.

Faut-il vraiment quitter l’un et perdre l’autre ?

 

2 commentaires

  1. Tu dépeins à merveille ce dilemme terrible, c’est que chacun d’eux a des atouts forts, Rémy a prouvé à plusieurs reprises ses qualités et son amour total, Thomas, c’est la passion et au nom de quoi se priverait-elle de l’un ou de l’autre?
    Un chemin pas tout tracé pour Elza mais après tout, elle vit pleinement sa vie et avec sincérité, c’est bien pour cela qu’elle est si attachante.

    Aimé par 1 personne

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